La Maison de la Poésie

La Maison de la Poésie

Scène littéraire

Maison de la Poésie Paris

La Maison de la Poésie de Paris est une scène de lectures, de rencontres et de création dédiée à la voix des poètes et des écrivains. Elle s'adresse aussi bien à ceux qui ont toujours un livre en poche qu'à ceux qui découvriront le texte porté autrement, par la scène, la voix, la musique, l'image...

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Olivier Cadiot – Départs de feu

Lecture par l'auteur
Entretien mené par Colombe Boncenne

« Seules les vies quotidiennes sont intéressantes. J’aurais dû écrire un journal. Trois lignes par jour, c’est pas la mer à boire. Mais très jeune, j’avais pensé qu’il était déjà trop tard pour commencer. J’avais d’emblée abandonné – comme certaines personnes qui pensent que tout est déjà trop tard. »

Sous la forme d’un journal qui croise et traverse les époques, le livre d’Olivier Cadiot fait se télescoper saisons, révélations et sensations. On passe de la météo en 1775 à une représentation d’opéra en 1981, tout en évoquant l’entretien d’un jardin avant-guerre. D’un siècle ou d’une année à l’autre, le narrateur est en train de faire le tri des choses et des idées, de faire les comptes d’une existence imaginaire. Chaque chapitre de cet étrange journal ouvre une fenêtre sur un début de roman ou de nouvelles, comme autant de départs de feu. Mais cette diversité de points de vue finit par faire apparaître le foyer obscur du livre : la mort de la sœur de l’auteur. C’est la première fois qu’Olivier Cadiot a la possibilité d’évoquer plus profondément l’expérience de cette perte, moins pour faire tardivement son deuil que pour tenter de rentrer en communication avec les disparus. Cela se fera par l’intermédiaire de la nature et la bienveillance des arbres. « Mon père, se souvient le narrateur, parlait aux arbres pour communiquer avec ses morts ».

À lire – Olivier Cadiot, Départs de feu, POL, 2025

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Dominique Fourcade

En dialogue avec Marielle Macé & Arno Bertina

Qu’il écrive « à chaud » à partir des photos de prisonniers irakiens humiliés, ou à partir de l’agression de l’Ukraine par les Russes, ou encore de la guerre à Gaza, à chaque fois le poète Dominique Fourcade se pose la question de la place du poème dans un contexte à ce point violent ou désespérant. Quand les armes ne se taisent pas, que peut la poésie ? Quand les violents l’emportent, l’émotion du poète est-elle audible ? Que maintient-elle à flot qui nous est nécessaire, contre l’effondrement.
« Le résultat est forcément incertain, risqué même, mais d’une beauté qui renverse les doutes », écrivait Fabrice Gabriel dans Le Monde des livres, en avril dernier. Interrogé par l’essayiste Marielle Macé et le romancier Arno Bertina, Dominique Fourcade reviendra sur trois de ses derniers livres, et l’importance de l’actualité aux yeux du poète qu’il est depuis la parution de son premier recueil en 1961.

Soirée proposée par l’EHESS.

À lire – Dominique Fourcade, Ça va bien dans la pluie glacée ?, P.O.L, 2024 – Marielle Macé, Respire, Verdier, 2023 – Arno Bertina, Ceux qui trop supportent, Verticales, 2021

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Marie Nimier – Le côté obscur de la Reine

Lecture par Florence Loiret Caille - Entretien mené par Sophie Joubert

« Comme je l’aimais, comme nous nous aimions. Cela va sans dire, et l’écrire me serre le cœur. Ma mère, ma maman, il n’y a qu’une femme au monde que je peux appeler ainsi. Quel dommage. Quel gâchis. (…) Ma mère m’occupe, ses lamentations me submergent, sa mauvaise foi, ses chantages, son agressivité déguisée en tendresse, sa façon de retourner le monde à son désavantage. Je sors de mes visites lessivée. Je pleure souvent, j’ai du mal à travailler.
Alors j’essaye de comprendre, pour garder la tête hors de l’eau. J’en parle à Gilles, mon grand frère né d’un premier mariage. Il ressent la plainte maternelle comme un rempart contre la réalité. Il dit au passage, et je me rends compte que je ne l’ai jamais entendu aussi clairement : Se plaindre, c’est demander de l’amour. Le demander de façon chronique, de façon lancinante. Un amour absolu, cet amour qui relie l’enfant à sa mère, la petite fille à sa maman. »
Marie Nimier

À lire – Marie Nimier, Le côté obscur de la Reine, Mercure de France, coll. « Traits et portraits », 2025

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Nancy Huston – Adam et les nymphes

Lecture par l’autrice avec Francis Jolly (images) & François Marillier (musique)

Soit, au départ, deux textes de Nancy Huston :
Les nymphes, méditation poétique sur le plaisir féminin et son refoulement au long des âges, appel fervent à retrouver la myopie de Monet et ses Nymphéas, à ressusciter la joyeuse sensualité des nymphes contre l’atroce précision du regard scientifique et pornographique.
Adam, terrifiant monologue d’une mère enjoignant son rejeton, neuf mois, à respecter pour l’instant les règles éthiques de base, sachant qu’une fois grand, vu qu’il fait partie des classes dominantes, il aura le droit de les fracasser allègrement.
Mis côte à côte, ces deux textes explorent et déplorent le passage du polythéisme aux monothéismes…
Et quand on y ajoute de la musique et les photographies de Francis Jolly, mots et images s’entrecroisent, se parlent, se renforcent, et cela devient un spectacle mordant, éclatant et troublant : Adam et les nymphes !

À lire – Nancy Huston, Adam et les nymphes, images de Francis Jolly, éd. Langage Pluriel, 2024

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Sophie Loizeau – Lectures paniques

Lecture par l’autrice
Avec Laure Gauthier, Marielle Macé, Maud Thiria, Julia Lepère, Martin Rueff & Estelle Dumortier
Piano : Héléna Gourzoulidou

Entrer dans la poésie de Sophie Loizeau est comme pénétrer dans une forêt dense et secrète. Ou plutôt un enchevêtrement de bosquets touffus où se cachent animaux sauvages et farouches, déesses, dieux, fées et esprits. Voici Diane qui prend son bain sous la clarté de Séléné, et Pan, qui de la chèvre, ou du bouc, a le côté fantasque, et de l’homme le désir. C’est par une écriture audacieuse et provocatrice, quand elle n’est pas inédite, que Sophie Loizeau magnifie le corps et la nature. C’est ainsi que s’ouvre cette anthologie, faisant une large part à ses trois premiers livres publiés, avec en final de cette « trilogie du corps et de la bête », une véritable fête au bouc, ode au dieu Pan qui donne son nom à cette anthologie. Dans une langue crue s’exalte une féminité triomphante, qui passe par une sexualité assumée et libre de toute contrainte.

À lire – Sophie Loizeau, Poèmes paniques (1999- 2020), éd. Lanskine, 2024